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4 mars 2008

Programmes : à moitié consultés, complètement bâclés

La consultation organisée dans la précipitation et la confusion permettra t-elle de prendre en compte l’avis des enseignants ? Les organisations syndicales, les mouvements pédagogiques et les chercheurs appellent le ministre à revoir sa copie.

Une demi-journée pour consulter et puis s’en va… Telle est la méthode retenue par le ministre pour valider son projet des nouveaux programmes soumis à discussion des enseignants des écoles durant ce mois de mars. Mais le ministre qui ne s’est donné ni les moyens, ni le temps d’une consultation efficace prendra-t-il en compte l’avis des enseignants ?

C’est en ces termes que le SNUipp s’est adressé au ministre jugeant « incompréhensible » sa décision de ne rendre publiques les « précisions sur les répartitions horaires » des programmes de l’enseignement primaire, qu’à l’issue de la consultation des personnels. « Comment les enseignants peuvent-ils porter une appréciation sur un programme d’arts ou d’histoire si le volume horaire hebdomadaire attribué peut varier du simple au double ? » s’insurge le syndicat. En plus, le calendrier imposé par la rue de Grenelle est extrêmement resserré. Les synthèses départementales doivent remonter au ministère le 4 avril alors que des enseignants se sont encore réunis le 29 mars dernier comme à Paris ou dans l’Yonne. Le 18 mars, une note ministérielle est venue ajouter de la confusion à la précipitation. L’organisation de la demi-journée banalisée de consultation devait « se dérouler impérativement les samedis ou mercredis matin » alors que tous les départements l’avaient programmée en faisant vaquer les élèves. Panique dans certaines inspections qui ont décidé de changer la date de consultation au dernier moment entraînant le refus d’un certain nombre d’écoles qui avaient déjà pris leurs dispositions (information aux parents, cantine, transport) comme dans le Rhône ou le Morbihan.

Tout doit se faire vite donc. Le ministre revendique ce changement de méthode « pour sortir de ces longues élaborations de documents et aller à l’essentiel » plaide t-il. Pour lui, l’essentiel ne semble pas compatible avec le temps éducatif, ni l’avis des enseignants. Le ministre préfère s’appuyer sur un sondage pour afficher que l’opinion publique soutient sa réforme. Sur le site du ministère, un enquête en ligne d’Opinionway que chacun peut renseigner autant de fois qu’il le veut sert de faire valoir. Une véritable opération de communication. Les questions telles que « le recentrage des apprentissages sur les savoirs essentiels (lire, écrire, compter) va t-il plutôt dans le bon sens ? » enfoncent des portes ouvertes. Qui pourrait s’inscrire en faux face à une telle évidence ?

Les critiques et les réserves au sujet de ces nouveaux contenus d’enseignement n’ont pourtant pas manqué ces dernières semaines. Deux anciens ministres de l’Education ont même réagi publiquement dans une tribune (voir ci-contre). Même le HCE (Haut conseil de l’éducation), conscient de ce front de critiques très larges a décidé de retarder son avis sur les nouveaux textes. De leur côté, 19 organisations syndicales (dont le SNUipp) et mouvements pédagogiques ont condamné fermement le projet ministériel. Elles ont même d’ailleurs mis à disposition des enseignants des écoles un argumentaire unitaire. Aujourd’hui, elles lancent un appel au ministre pour que celuici « suspende son projet » (voir ci-dessous) Les enseignants savent que la réussite de tous les élèves nécessite des réponses complexes. En affichant le simplisme dans ces programmes, le ministère élude la professionnalité du métier d’enseignant. Et rend caduque la nécessité de réclamer des moyens pour travailler autrement, en équipe, avec plus de maîtres que de classes, avec des aides spécialisées pour mieux comprendre les difficultés des élèves. Joli tour !


Miroir d’une demi-journée banalisée

Dans le Pas de Calais, les dix enseignants du RPI de la Fontaine dont le Zil et la maîtresse E ont fait le tour des nouveaux programmes. Avec sérieux mais quelques doutes sur le devenir de leur contribution. Les trente pages tirées par les enseignants sont marquées, certaines phrases ou passages surlignés. Sandrine Veroux, maîtresse de moyenne section a consulté les contributions des chercheurs sur le site du SNUipp. Elle n’en est pas moins perplexe sur le questionnaire ministériel : « Le projet pourrait même nous donner l’impression qu’enseigner devient plus facile. Quelle tromperie ! Le contenu reste très succin ». Elle poursuit : « dans les domaines d’apprentissages aucune liberté n’est laissée à l’enfant et son esprit critique n’est pas sollicité. Très souvent, la terminologie injonctive est employée ». Gilbert Cottin [1] s’inquiète de la nouvelle place donnée à l’acte d’enseignement. « Nous ne devons plus apprendre aux enfants à réfléchir et à avoir une réflexion personnelle, mais former des élèves à appliquer des formules en français, comme en mathématiques ainsi que dans la vie de tous les jours par de jolies phrases de morale ». Nathalie Level, enseignante de CE2 s’interroge sur l’avenir des cycles. « On ne retrouve aucune démarche de transversalité. Des notions nouvelles alourdissent les programmes. Et puis, il reste l’absence de tout cadrage horaire en dehors du français, des mathématiques et de l’EPS ». « Comment tout faire tenir ? » Une voix s’élève : « Les dés ne sont-ils pas déjà jetés ? »


Ferry et Lang, deux ministres contre le « populisme scolaire »

Le fait est rare. Dans les colonnes du « Nouvel Obs », deux anciens ministres de l’Education nationale, l’un de droite, Luc Ferry, l’autre de gauche, Jack Lang, ont signé un appel commun à Xavier Darcos pour qu’il renonce à des programmes qui « risquent de nuire gravement à la santé (déjà bien fragilisée) de notre système éducatif ». Les deux signataires ont tous deux, en leur temps, présidé aux destinées des programmes, et ils s’insurgent : « les parents ne doivent pas être abusés par les promesses d’un « retour aux fondamentaux ». « On nous annonce des programmes « plus ambitieux » , mais sur l’essentiel […] on en rabat comme jamais sur le niveau visé » et les ministres de citer l’exemple de la lecture et de l’écriture. Ils s’en prennent également à la méthode, opposant le travail durant deux ans d’experts reconnus aux « simples conseillers du ministère ou de l’Élysée » élaborant « dans l’opacité la plus totale des textes voués à régir l’école de la nation pour dix ans au moins ».


Recherche rédacteurs ...

Mais qui sont les rédacteurs de ces nouveaux programmes ? Présenté aux médias le 20 février dernier, le texte a été élaboré dans le plus grand secret. Une première. Il est encore aujourd’hui impossible de connaître les noms des personnes qui ont contribué à sa rédaction. S’agit-il d’inspecteurs généraux, de politiques, de technocrates ? Pour autant, ces nouveaux contenus portent la marque du modèle anglo saxon : acquisition de savoirs dit fondamentaux par la technique et la mémorisation, pilotage du système par l’évaluation des élèves. Aujourd’hui, les études menées dans ces pays portent un regard plus que nuancé sur les effets d’une telle politique éducative (lire l’article. Côté français, on est moins regardant. Les programmes de 2002 n’ont fait l’objet d’aucune évaluation. Les élèves evalués par PISA, cette année, n’ont d’ailleurs pas bénéficié des contenus d’enseignement de 2002 quand ils étaient en primaire. À l’époque, le groupe d’experts lors d’une large consultation avait mis deux ans pour produire ces textes qui tenaient compte des travaux de la recherche. Le consensus avait alors été très large. Commencé en 2000 sous le gouvernement Jospin, les programmes avaient été validés en 2002 sous Jean-Pierre Raffarin et signés par le ministre délégué à l’Enseignement scolaire d’alors : un certain Xavier Darcos.


19 organisations appellent à revoir la copie

« Votre projet de programmes est marqué par l’inadaptation des contenus, par un affaiblissement de leur dimension culturelle et par une conception mécaniste des apprentissages ».

C’est en ces termes que les 19 organisations syndicales et mouvements pédagogiques [2] lancent un appel contre les nouveaux programmes. « Loin d’être plus ambitieux, ils marquent un appauvrissement ». Les organisations réaffirment « avec force que les apprentissages fondamentaux s’appuient sur un travail de l’élève dans lequel la recherche, la découverte, l’expérimentation s’allient nécessairement à la rigueur, à la structuration des connaissances et à la mémorisation ». Elles demandent au ministre de suspendre son projet et de tenir compte de l’avis des personnels et partenaires de l’Education afin d’en revoir profondément la conception et à la rédaction.

Cet appel est à signer en ligne .

Mireille Brigaudiot, Gérard Chauveau, André Ouzoulias, Roland Charnay, Sylvie Cèbe, Anne-Marie Chartier, François Dubet, Jean- Emile Gombert, Lucille Barberis, Agrès Florin, Rémy Brissiaud, Bernard Devanne, Philippe Joutard, Philippe Meirieu, Claude Lelièvre… sont les premiers signataires.

[1] enseignant de CE1

[2] AFEF, AGEEM, AIRDF, ANCP, CEMEA, CRAP, FCPE, FOEVEN, Francas, GFEN, ICEM, JPA, Ligue de l’enseignement, USEP, OCCE, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SI.EN-UNSA, SNPI-FSU, SNUipp-FSU

 

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