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14 janvier 2007

Fonctionnement : Vers un modèle coopératif ?

Entretien avec Philippe Meirieu
Face à un défi collectif c’est par du collectif qu’il faut répondre ! Entretien avec Philippe Meirieu, Professeur à l’université Lyon 2. site : http://www.meirieu.com
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Philippe MEIRIEU

- La structure de l’école primaire en France lui donne-t-elle une identité propre ?

L’identité de l’école primaire est liée historiquement à sa place symbolique dans le village, mais aussi à l’image de l’instituteur seul dans sa classe. L’école primaire n’était pas vécue comme un lieu de travail en équipe mais comme le lieu dans lequel des personnalités charismatiques devaient incarner la République grâce à leurs qualités personnelles.

- Le travail en cycles se heurte à cette histoire ...

Le premier obstacle au travail par cycle, c’est l’indécision et les cafouillages de l’institution. Le deuxième est la représentation très largement dominante un maître/une classe. Beaucoup de gens n’imaginent pas qu’au nom des finalités qui sont les nôtres aujourd’hui, de ce qu’on cherche à faire apprendre aux élèves, de la socialisation qu’on cherche à leur faire vivre, on pourrait inventer d’autres modalités. Il faut aujourd’hui avoir l’audace d’interroger la modalité classe...

- Pourquoi la pression sociale pour le travail en équipe pénètre-t-elle difficilement l’école ?

Elle se heurte à une autre demande sociale qui est une demande de formation individuelle, de compétition, et à une pression liée à l’angoisse sur l’avenir des enfants. On est, par ailleurs, dans un système de double contrainte, avec une injonction institutionnelle au travail en équipe et dans le même temps le maintien de l’inspection individuelle.

- Pourtant certaines équipes fonctionnent... Le travail en équipe devrait être la modalité normale du travail. Face à un défi collectif c’est par du collectif qu’il faut répondre ! Il faudrait que ce collectif puisse se donner des ambitions, qu’il arrive à imaginer quelles structures, quelle organisation du temps et de l’espace, quels outils pédagogiques sont nécessaires pour faire face aux besoins des élèves qui lui sont confiés. Par exemple qu’il ait du temps pour organiser des modalités de travail en grands et petits groupes, des activités décloisonnées avec des élèves d’âges différents. L’éducation nationale ne fait pas confiance aux personnes qui pourraient collectivement organiser une institution pour que les enfants y réussissent le mieux. Nous sommes encore dans l’héritage d’une institution qui surveille, qui passe sa vie à faire remplir des questionnaires et des enquêtes, qui ne sait pas véritablement déléguer...

- Dans cette équipe comment voyez-vous le rôle du directeur ?

Aujourd’hui, la direction, ce n’est « ni fait ni à faire », une espèce d’entre-deux insatisfaisant ; Le directeur est une sorte de mandataire administratif sans la totalité des prérogatives qui restent à l’IEN, et sans avoir véritablement les moyens d’animer une équipe. Les modèles se construisent dans chaque école en fonction des personnalités de chacun, de la marge de manoeuvre laissée par l’IEN, et de l’entente et de la solidarité qui peuvent se créer entre les collègues. C’est un fonctionnement aléatoire et souvent rocambolesque. Je penche pour un modèle plus coopératif : si on confie un ensemble d’élèves à un collectif d’adultes, il faut comptabiliser dans ce collectif d’adultes les tâches qui relèvent de la direction. On pourrait parfaitement laisser les collègues s’organiser et voir comment ils assument ces tâches, quitte à ce que dans, certains cas, ils se les partagent, et dans d’autres cas ils confient provisoirement à l’un d’eux la responsabilité de les exercer, qu’il y ait un interlocuteur identifié par les familles, mais sans forcément passer par des modalités faussement pyramidales.

- En quoi ce modèle coopératif favoriserait-il la réussite des élèves ?

L’éducation nécessite une grande cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. La première manière de faire passer les valeurs de responsabilité, de coopération, d’entraide, avant les cours de morale, c’est de les faire vivre par la façon dont on prend l’école en charge. Donner un témoignage aux élèves de ce qu’est une société adulte, peut leur permettre de se construire et de construire à leur tour une société adulte. Et puis, la question des apprentissages est centrale. Dès lors que des adultes se parlent, échangent, se complètent, s’enrichissent de leurs compétences réciproques, l’élève a tout à y gagner. Parce qu’il y a une pluralité de regards, d’approches, et parce que chacun des adultes membres de l’équipe devient une équipe à lui tout seul, il pourra bénéficier des apports, de l’éclairage, des outils, de chacun. C’est l’idée forte de l’intelligence collective : on est plus intelligent à plusieurs que seul.

 

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