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20 octobre 2006

« Il n’y a pas lieu d’imposer une unique méthode d’enseignement de la lecture »

« Il n’y a pas lieu d’imposer une unique méthode d’enseignement de la lecture » : 20 chercheurs apportent un démenti cinglant aux propos simplistes du ministre. Parmi eux ceux sur lesquels le ministre prétend s’appuyer pour imposer la méthode syllabique ...

Les récents débats sur les méthodes d’enseignement de la lecture ont conduit un certain nombre de chercheurs en psychologie cognitive, neuropsychologie et sciences de l’éducation à rappeler les résultats des études d’évaluation [1] de l’efficacité des différentes méthodes, et à formuler notamment les recommandations suivantes :

1.Il faut enseigner les relations graphèmes-phonèmes (entre les lettres et les sons) de manière systématique et explicite, dès le début du cours préparatoire.

2.Il existe de nombreuses manières d’enseigner les relations graphèmes-phonèmes : des approches synthétiques, combinant les phonèmes pour construire les syllabes et les mots ; des approches analytiques, décomposant les mots en syllabes et en phonèmes ; et des approches combinant à divers degrés les deux précédentes. Les études d’évaluation ne font pas ressortir de différences significatives d’efficacité entre ces différentes approches.

Les résultats scientifiques actuels suggèrent donc d’écarter les méthodes qui n’enseignent pas les relations graphèmes-phonèmes, ou qui ne les enseignent pas de manière explicite et systématique, ou qui ne les enseignent pas suffisamment tôt (souvent appelées "méthodes globales", ou selon les acceptions, correspondant à une partie des méthodes globales). Toutes les autres méthodes semblent acceptables.

L’arrêté de mars 2006 modifiant les programmes d’enseignement de l’école primaire a précisé les programmes de 2002, en restreignant l’éventail des méthodes d’enseignement de la lecture recommandées précisément à celles suggérées par les travaux scientifiques. Il s’agit donc là d’une évolution positive.

Conformément aux résultats scientifiques, les nouveaux programmes laissent aux enseignants le choix entre les nombreuses méthodes utilisant des approches synthétiques, analytiques, ou une combinaison des deux, dans la mesure où, quelle que soit la méthode choisie, l’enseignant prend soin d’enseigner les correspondances graphèmes-phonèmes, afin de développer l’automatisation de la reconnaissance des mots et la compréhension.

Compte tenu des textes de loi définissant les programmes, et compte tenu des travaux scientifiques qui les inspirent, il n’y a donc pas lieu d’exiger des enseignants le recours à une méthode unique. Il n’y a notamment pas lieu de leur imposer l’usage d’une méthode exclusivement synthétique (parfois appelée "la méthode syllabique").

Franck Ramus, Chargé de Recherches au CNRS, et Rémi Brissiaud, Maître de Conférences à l’IUFM de Versailles

Co-signataires :
- Mireille Bastien-Toniazzo, Maître de Conférences à l’Université de Provence
- Séverine Casalis, Maître de Conférences à l’Université Lille 3
- Sylvie Cèbe, Professeur à l’Université de Genève
- Pascale Colé, Professeur à l’Université de Savoie
- Marcel Crahay, Professeur à l’Université de Genève
- Jean-François Démonet, Directeur de Recherches à l’INSERM
- Jean Ecalle, Maître de Conférences à l’Université Lyon 2
- Michel Fayol, Professeur à l’Université Clermont-Ferrand II
- Jacques Fijalkow, Professeur à l’Université Toulouse II
- Daniel Gaonac’h, Professeur à l’Université de Poitiers
- Roland Goigoux, Professeur à l’IUFM d’Auvergne
- Jean-Emile Gombert, Professeur à l’Université Rennes 2
- Jacqueline Leybaert, Chargée de Cours à l’Université Libre de Bruxelles
- Annie Magnan, Professeur à l’Université Lyon 2
- José Morais, Professeur à l’Université Libre de Bruxelles
- Laurence Rieben, Professeur à l’Université de Genève
- Liliane Sprenger-Charolles, Directrice de Recherches au CNRS
- Annick Weil-Barais, Professeur à l’Université d’Angers
- Pascal Zesiger, Professeur à l’Université de Genève
- Johannes Ziegler, Directeur de Recherches au CNRS


Sur le même thème :

- Certains chercheurs s’étaient exprimés sur ce sujet ces derniers jours sur le site des Cahiers pédagogiques en prenant des distances avec les propos ministériels.

- Voir aussi la "Lettre ouverte au ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche" , l’appel à la dénonciation de Sos Education et la mise en route de la procédure contre P. Frackowiak. ( lire le communiqué de presse du SNUipp )

- Lire la déclaration sur le site du Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique "Il n’y a pas lieu d’imposer une unique méthode d’enseignement de la lecture"

[1] Voir notamment : Ramus, F., Casalis, S., Colé, P., Content, A., Démonet, J. F., Demont, E., et al. (2006). Un point de vue scientifique sur l’enseignement de la lecture. Le Monde de l’Education, Mars 2006. Et : Sprenger-Charolles, L., & Colé, P. (2006). Pratiques pédagogiques et apprentissage de la lecture. Cahiers Pédagogiques, Mars 2006.

 

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