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14 mai 2020

Reprise : des masques pas au niveau des risques !

Suite à la parution du décret d’application fixant la reprise des écoles, quelles nouveautés, notamment concernant les masques ? Que penser de la protection des personnels et que faire ? Ce lundi 11 mai, jour de retour dans les écoles pour les enseignants, le décret d’application fixant la reprise des classes est paru, puis une mise à jour du protocole d’accueil. Point sur les évolutions et les risques réellement encourus.

Grande nouveauté suite à la parution du décret n° 2020-548 du 11 mai 2020 (et de la mise à jour du protocole le 12), le port du masque est désormais OBLIGATOIRE pour tous les personnels en présence d’élèves.

Si cette mesure était bien prévue pour les écoles maternelles, désormais, les écoles élémentaires et collèges seront également concernés !

Très bien pour la protection des personnels et des élèves, pourrait-on penser... Mais les masques dits "grands publics" fournis par l’Education Nationale à ses personnels permettent UNIQUEMENT d’éviter la projection de gouttelettes émises par leurs porteurs. Leur fonction première, y compris pour les masques dits "chirurgicaux" est donc bien de protéger les personnes à qui l’on fait face. Ils ne protègent pas les personnels des projections venant de l’extérieur.

Le protocole et le décret fixent la norme à respecter pour les masques fournis pour les personnels des écoles. L’emballage des masques doit comporter outre les exigences réglementaires : ✓ la référence à la Norme EN 14683+AC : 2019 ou à une norme étrangère reconnue comme équivalente ✓ le type de masque : I ; II, IIR (selon leur efficacité de filtration des aérosols bactériens à l’expiration, entre 95 et 98%. La mention R pour rentrant indique qu’une résistance à la projection de fluide en provenance du patient a été testée.)

Mais les notices d’utilisation et les étiquetages des boîtes de masques "grands publics" sont claires : "ce produit n’est pas un équipement de protection individuelle. [...] Ce produit ne protège pas des contaminations virales ou infectieuses."

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En outre, comme les élèves, eux, ne porteront pas de masques (ou ne seront pas obligés d’en porter) et qu’il est très probable que les mesures de distanciation (première vraie barrière contre la contamination) et autres gestes barrières ne soient pas respectés en permanence par tous les élèves, il y a un vrai risque de contamination pour les personnels, car les masques fournis sont inadaptés à une situation de proximité avec un seul porteur de masque.

Les plus exposés seront d’ailleurs les AESH et les ATSEM dont les missions imposent une grande proximité très souvent avec les élèves (notamment pour des "soins d’hygiène").

Les mesures de distanciation sont donc les seules vraies protections... Et encore !

Car les recherches confirment que le virus peut aussi se propager par "voie aérienne" et pas simplement par projection (les fameux "postillons"). En d’autres termes, le virus se propage aussi en suspension dans l’air lorsque nous parlons ; les élèves ne portant pas de masques, ils ne seront donc absolument pas protégés (d’où l’importance des mesures d’aération des locaux). Quant aux personnels, le niveau de filtration des masques dans le sens "rentrant", comme on l’a vu plus haut, ne serait pas non plus suffisant pour une véritable protection.

Par ailleurs, l’efficacité des masques est fortement liée au respect des "consignes d’utilisation" de ceux-ci, notamment :

- le masque doit être à sa taille et couvrir intégralement le nez et la bouche jusqu’au menton

- éviter au maximum les "fuites" autour du masque qui réduisent drastiquement son efficacité, (encore plus difficile avec des lunettes !)

- éviter au maximum de toucher le masque (au risque, fort, de le contaminer)

- le changer dès qu’il est souillé (toux, ...) ou humide ! Et au maximum toutes les 3-4 heures.

Autant dire que les 2 masques quotidiens par personnel prévus par le Ministère seront loin des besoins réels de terrain.

Le port du masque et le niveau de protection de ceux mis à disposition par l’employeur ne permettront donc pas une protection efficace ; le respect de la distance et des gestes barrières est donc essentielle et chacun doit être extrêmement prudent, pour lui-même, les élèves, les autres.

Mais le risque "biologique" n’est pas le seul... Le danger des RPS

La situation de travail actuelle des personnels, en particulier de ceux qui reprennent le travail dans les écoles et établissements, est factrice de grands risques dits "psycho-sociaux" [1], notamment en raison du grand stress provoqué par le risque sanitaire et l’inquiétude de se sentir "surexposé" au virus.

Nous sommes également confrontés à d’énormes "conflits de valeur" [2] entre ce qui nous est demandé de mettre en place et nos convictions profondes, ne serait-ce que sur l’idée que l’on se fait de notre métier et de son utilité sociale.

Comment supporter également d’accueillir nos élèves dans ces conditions, souvent perçues comme maltraitantes, ou pour le moins très anxiogène, en particulier pour nos plus jeunes élèves ? Ce que les spécialistes de la prévention des risques professionnels qualifie "d’exigences émotionnelles" sont particulièrement perturbants pour les professionnels exposés à ces situations.

Enfin, bien que la circulaire ministérielle, sous la pression des CHSCT, ait exclu d’imposer le cumul du travail en présentiel et à distance, la plupart des enseignants, de fait, sont amenés à assurer les deux, par "obligation morale", "conscience professionnelle" ou "pour ne pas abandonner leurs élèves". L’intensité et le rythme de travail qui étaient déjà totalement perturbés par le télétravail s’en trouvent donc encore fortement accentués.

Et tout ça sans approfondir le malaise lié aux injonctions contradictoires, aux pressions, aux consignes floues et au sentiment "d’abandon par leur hiérarchie" que continuent à ressentir de nombreux personnels.

Comment faire face ? L’action individuelle et collective !

Certes, il va falloir apprendre à "vivre l’école avec le virus", mais ces conditions, tout à la fois inhumaines pour les élèves et les personnels et trop peu efficaces en termes de protection sanitaire sont totalement insupportables. Collectivement et individuellement, il nous faut dénoncer ces risques insupportables sur notre santé et celle de nos élèves et, par ricochet, celles de la société toute entière.

Cette semaine, le SNUipp-FSU54 a donc adressé un courrier intersyndical au Recteur et au DASEN pour les interpeller sur ce trop faible niveau de protection des personnels, qui constitue une grave entorse à l’obligation de l’employeur, tenu par la loi de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés (article L. 4121-1 du Code du travail). L’employeur ne doit pas seulement diminuer le risque, mais l’empêcher.

La FSU 54 a également déposé une alerte CHSCT "Danger Grave" spécifiquement pour la situation des AESH et obtenu une réunion extraordinaire du CHSCT, qui se déroulera en début de semaine prochaine, au cours de laquelle nous dénoncerons les conditions de travail invraisemblables et amènerons l’administration à reconnaître l’insuffisance des mesures de "protection" qu’elle prétend avoir mis en place pour les personnels.

Chacun peut :

- signer la pétition intersyndicale,

- signaler une situation de travail particulièrement dangereuse dans les Registres de Santé et Sécurité au Travail,

- s’engager dans l’action syndicale en participant à nos réflexions, nous signalant les difficultés et/ou en se syndiquant.

Plus de détails sur comment faire dans cet article.

[1] Et malheureusement, il est un fait reconnu que l’exposition à ces "RPS" dans les situations de travail peut avoir des conséquences graves sur la santé des salariés, notamment en termes de maladies cardio-vasculaires, de troubles musculosquelettiques, de troubles anxio-dépressifs, d’épuisement professionnel, voire de suicide.

[2] Conflits de valeurs : Les conflits de valeurs renvoient à l’ensemble des conflits intrapsychiques consécutifs à la distorsion entre ce qui est exigé au travail et les valeurs professionnelles, sociales ou personnelles des salariés. Par exemple : faire un travail que l’on juge inutile, vendre un crédit à des personnes à très faibles revenus, faire la promotion d’une méthode que l’on sait inefficace, etc.

 

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