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2 septembre 2006

Réflexions

Lecture : l’utile et l’agréable

Entretien avec Erik Orsenna

ERIK ORSENNA est écrivain et président de l’Observatoire national de la lecture

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Erik Orsenna

- Erik Orsenna Le débat sur les méthodes de lecture semble avoir tourné court, vrai ou faux débat, quel est votre sentiment ?
Les débats sur l’apprentissage de la lecture sont récurrents. Un peu comme le salaire des cadres, ou la pollution des plages l’été. C’est évidemment une question cruciale mais il me semble qu’un consensus assez large depuis déjà une bonne dizaine d’années a été installé. Plus personne n’utilise aujourd’hui la méthode globale mais une méthode plus synthétique qui fait appel aussi bien à l’oreille qu’à l’oeil. Je vous renvoie sur cette question au rapport de l’Observatoire national de la lecture de novembre dernier.

- La réussite des enfants les plus en difficulté reste la première préoccupation. Comment l’école peut-elle agir ?
D’abord l’école ne peut pas tout faire. L’école est peut-être en avance sur la société mais elle en est aussi le reflet. L’école accueille de plus en plus d’enfants dont les situations sociale, économique et culturelle sont très diverses. Le travail des enseignants n’en est que plus difficile avec des hétérogénéités extraordinairement complexes à gérer. Globalement, deux tiers des enfants ne posent pas problème à l’école et c’est le tiers restant qu’un service public doit prendre en charge avec plus de moyens et d’attention qu’aujourd’hui.

- Le rapport produit par l’ONL et l’inspection générale préconise de consacrer un temps suffisant à la construction de l’univers de référence de la culture écrite ; est-ce là une piste pour ces enfants en difficulté ?
Bien sûr, c’est une piste, car si on connaît les mots mécaniquement, l’enchaînement des syllabes et qu’on on ne sait pas ce que ça veut dire, on n’est pas plus avancé. Il faut savoir lire, reconnaître, épeler, et en même temps il faut avoir un univers de référence, une « base de données culturelle » qui permet de disposer de plus de mots et de leur donner le plus de sens possibles. Je suis persuadé que le langage n’est pas séparé de la culture.

- C’est une des missions fortes de l’école ?
Oui et c’est une mission énorme. Il y a des parents qui sont en grande difficulté et en grande « étrangeté » face au monde scolaire. Je suis passé dans des écoles où la moitié des enfants n’entendaient pas parler français quand ils revenaient chez eux. Il faut rechercher des référents, une base de données commune. La maternelle en ce sens joue un rôle primordial d’ouverture au sens. Mais attention, on charge de plus en plus la barque des enseignants, on ne peut pas les laisser seuls sur le front de la République. Le maximum d’acteurs doivent être impliqués pour que l’intégration qui fonctionne bien dans l’école se prolonge au-delà.

- Vous insistez souvent sur la notion de plaisir ; comment trouver le plaisir et l’envie de lire et même d’apprendre à lire à l’école ?
Le plaisir arrive quand on donne des exercices qui sont de vrais exercices, utiles. La langue est un outil, une arme, et en même temps un moyen de vivre mieux. C’est une clé pour ouvrir des portes, qui rapproche du réel et qui permet de le lire. Je me souviens avoir, en CM2, lancé des travaux d’écriture où je demandais aux enfants d’exprimer leur colère, et ensemble on écrivait une expression de colère. Ils me disaient « tu es plus en colère que nous », et ceci parce que j’ai plus de mots. Il est dommage que la langue soit trop souvent étudiée comme un élément en tant que tel, ou un corpus en tant que tel. On s’éloigne alors et du plaisir et de l’utilité.

- G. de Robien a confié à l’ONL une mission d’analyse des manuels d’apprentissage de la lecture, Quelle est votre approche pour ce travail ?
Notre rôle n’est pas de donner un label à tel ou tel manuel. Nous faisons confiance aux enseignants. C’est à eux de choisir. N’oublions pas que la pratique de l’enseignant est beaucoup plus large que ce simple outil. L’idée c’est de donner aux enseignants une grille de lecture des manuels pour les aider à choisir en fonction d’une progression, de savoirs, d’exercices liés aux différents savoirs. En d’autres termes : ce qu’un manuel efficace et qui aide à apprendre le mieux possible à lire, doit contenir. C’est dans cette perspective-là que nous allons remettre les premiers éléments à la fin septembre au ministre.

 

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